Le coup d’Etat de Bamako : Quel gâchis !

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image Amadou Sanogo - le 22 mars 2012 à Bamako

Un gâchis d’abord parce que le peuple malien devait aller aux urnes le 29 avril prochain pour élire son nouveau Président. Le "sortant" Amadou Toumani Touré ne pouvait pas se représenter. C’est aussi un gâchis pour les personnes ayant perdu la vie lors des combats dans la capitale malienne. Reste que la communauté internationale en général et les dirigeants africains en particulier font preuve de duplicité en condamnant "sans discernement" tout putsch survenu en Afrique. On ne doit pas se voiler la face. Le coup d’Etat reste encore - malheureusement - un mal nécessaire en Afrique noire. Sinon, comment pourrait-on "dégager" tous ces tyranneaux incompétents et sanguinaires qui s’accrochent au pouvoir en tripatouillant la Constitution et en intimidant la population par une garde prétorienne et autres milices.

Ce n’est pas un poisson d’avril. Le capitaine Amadou Sanogo, chef des sous-officiers putschistes maliens, a annoncé ce dimanche 1er avril de rétablir «la Constitution et les institutions» et de «remettre à terme» le pouvoir aux civils. Il a fait cette annonce en présence du ministre burkinabè des Affaires étrangères Djibrill Bassolé. Le chef d’Etat du Burkina, Blaise Compaoré, a été désigné «médiateur» par les pays de la Communauté économiques et douanières des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). 

"Nous prenons l’engagement solennel de rétablir à compter de ce jour la Constitution de la République du Mali du 25 février 1992, ainsi que les institutions républicaines", a déclaré Amadou Sanogo au cours d’une conférence de presse organisée, dimanche, en son Quartier général à Kati. Pour justifier ce revirement aux allures d’un tragique-comique sauve-qui-peut, le chef putschiste invoque une «situation de crise multidimensionnelle» que traverse le pays. C’est ainsi que la junte «a accepté» d’engager des pourparlers, sous l’égide d’un médiateur, avec les représentants des forces politiques. Objectif : mettre en place un organisme de transition afin d’organiser des élections pacifiques, libres, ouvertes et démocratiques. Il a prévenu que les militaires «ne participeront pas» à ces consultations politiques.

En fait, les membres de la junte ne savent plus à quel Saint se vouer. La Cédéao avait donné aux nouveaux "maîtres" de Bamako jusqu’à dimanche minuit pour restituer le pouvoir aux civils, faute de quoi ils s’exposaient à un «embargo diplomatique et financier». Et ce y compris une intervention militaire. Une force d’intervention de 2.000 hommes serait en "alerte". Samedi, les putschistes avaient laissé entendre qu’ils étaient prêts à un «compromis», à l’issue d’une entrevue avec le chef de la diplomatie burkinabé. 

Les événements se sont précités au cours du week-end. Vendredi, les rebelles touaregs du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) se sont emparés de la ville de Kidal. Samedi, la ville-garnison de Gao est tombée entre leurs mains. Les observateurs notent que la quasi-totalité du nord-est du Mali soit un territoire d’une superficie de près 800.000 km² est en passe de passer sous le contrôle des assaillants. Selon Reuters et AFP, des coups de feu ont été entendus dimanche à Tombouctou. La ville serait "encerclée" par des combattants «azawadiens». Certains habitants parlent de "fausse alerte" ou des tirs en l’air. En tous cas nul ne savait indiquer, dimanche, la localisation exacte des forces "azawadistes". Des sources locales signalent en revanche que l’armée régulière malienne a quitté ses principales positions de la zone. Les soldats auraient quitté le camp militaire. Il semble bien que les rebelles touaregs seraient entrés à Tombouctou.

Que veulent les rebelles touaregs ? Après avoir exigé l’intégration durant des décennies, les Touaregs du Nord Mali ne demandent rien moins que "l’indépendance". L’indépendance de l’espace territorial qu’ils nomment : Azawad. Après avoir servi dans les rangs de l’armée de Moammar Kadhafi comme "mercenaires", ils se sentent désormais assez forts militairement pour faire triompher leur cause. Il semble que le "Frère Guide" avait pris l’engagement d’aider les 2.000 combattants touaregs de sa "Légion verte" à avoir un "Etat indépendant" dans le Sahara. 

Les pays sahéliens sont ainsi en ligne de mire. Le Mali devient ainsi la première "victime collatérale" de la révolution libyenne de 2011. Il faut craindre que l’onde de choc s’étende à d’autres pays. En tout cas, l’avancée des rebelles touaregs inquiète les puissances occidentales dans la mesure où des éléments de l’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) combattraient dans les rangs du MNLA. Quatre otages français sont entre les mains de l’AQMI. Une rançon de 100 millions d’euros est exigée. Cette situation semble expliquer l’attitude pour le moins ambigüe de la France. Dans un premier temps, Paris n’a pas condamné le coup d’Etat de Bamako. La diplomatie française s’était contenté d’exiger l’"organisation immédiate" des élections. De même, la rébellion touareg est jusqu’ici mollement condamnée. 

Le coup d’Etat de Bamako : quel gâchis! Un gâchis d’abord parce que le peuple malien devait aller aux urnes le 29 avril prochain pour élire son nouveau Président. Le "sortant" Amadou Toumani Touré ne pouvait pas se représenter. C’est aussi un gâchis pour les personnes ayant perdu la vie lors des combats dans la capitale malienne. Reste que la communauté internationale en général et les dirigeants africains en particulier font preuve de duplicité en condamnant "sans discernement" tout putsch survenu en Afrique. On ne doit pas se voiler la face. Le coup d’Etat reste encore - malheureusement - un mal nécessaire en Afrique noire. Sinon, comment pourrait-on "dégager" tous ces tyranneaux incompétents et sanguinaires qui s’accrochent au pouvoir en tripatouillant la Constitution et en intimidant la population par une garde prétorienne et autres milices.

B.A.W (avec Reuters et AFP)


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