Burkina Faso : Le gouvernement de transition imprime ses marques

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image Isaac ZIDA [avant-droite] et Michel KAFANDO [derriere-gauche]

Le Premier ministre intérimaire, Isaac Zida, veut la tête de Blaise Compaoré. Aussi a-t-il  annoncé que le Burkina Faso allait demander au Maroc l’extradition de Blaise Compaoré si les institutions judiciaires du pays étaient saisies par une plainte contre le président déchu sur l’affaire de l’assassinant de l’ancien président Thomas Sankara le 15 octobre 1987 lors d’un coup d’Etat qui a porté au pouvoir son ami d’armes Blaise Compaoré.

Le chef du gouvernement intérimaire burkinabè a prévenu que le dossier du président Thomas Sankara serait  » entièrement rouvert  » et la ‘justice’ serait  » rendue « , si une plainte était déposé à la justice contre Blaise Compaoré. Ce qui poussait le gouvernement intérimaire à exiger auprès du Maroc l’extradition de Blaise Compaoré pour le mettre à la disposition de la justice burkinbè, quoique le Burkina Faso et le Maroc ne soient pas liés par un accord de justice.

Depuis 1998, la famille de Thomas Sankara, considéré comme le « Che africain »,  demande l’exhumation du corps de ce héros national, icône du panafricanisme. Une demande à laquelle la justice burkinabè n’a jamais accédé.

Le chef du gouvernement intérimaire a promis que désormais, « aucun dossier pendant  » n’allait  » dormir « . Il a ajouté que celui de Norbert Zongo, un journaliste assassiné en décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, le frère cadet du président Compaoré, allait suivre « le même processus ».

L’objectif  du gouvernement  intérimaire étant, selon Isaac Zida, est de juger « une bonne partie des dossiers pendant la transition », dans laquelle « la justice a un rôle fondamental ». Dans la foulée de cette rencontre avec la presse nationale, le chef du gouvernement  a fait savoir que la nationalisation de certaines entreprises privées était aussi une préoccupation de son gouvernement.

« Il y a des dossiers des crimes économiques qui seront ouverts. S’il le faut nous allons nationaliser des entreprises parce que ce qui a été construit avec l’argent du peuple doit revenir au peuple », a-t-il souligné  réaffirmant la ligne des nouveaux dirigeants de combattre la corruption.

Les espoirs de la famille de Thomas Sankara

Avec la décision du gouvernement de transition de relancer le dossier de Thomas Sankara, les espoirs de l’ancien président burkinabè sont de nouveau permis. Celle-ci se réjouit des déclarations du Premier ministre de la transition. Car la veuve de Thomas Sankara, Mariam Sankara estime que l’espoir de voir enfin éclater la vérité sur la mort de son mari renaît. Cependant, prudente, elle attend surtout que des actes soient posés.  » Ce sont des discours, c’est une bonne chose, le fait de dire il y a une volonté. Maintenant, j’attends de voir. Depuis 27 ans on a toujours été confrontés à des dénis de justice et voilà qu’en une semaine on nous dit que la lumière va être faite et que les assassins vont être poursuivis. C’est bon pour nous mais maintenant nous attendons que ca soit concret « , a-t-elle déclaré.

Les avocats de Mariam Sankara sont prêts, si nécessaire, à déposer de nouveau une requête au Parquet, maître Ferdinand Ndjassem Nzepa a en effet engagé trois procédures dont deux en 1997, il y a dix sept ans. Une plainte contre X pour assassinat, une autre pour faux en écriture car le certificat médical avait conclu à une mort naturelle du capitaine Sankara. Ces plaintes n’avaient pas abouti. Le Parquet avait estimé que les juridictions militaires étaient compétentes, les avocats s’étaient alors pourvu en cassation pour être ensuite déboutés, ils s’étaient alors tournés vers les juridictions militaires et le ministère de la Défense qui n’ont jamais donné de suite.

La dernière procédure visait à exhumer le corps de Sankara pour permettre une expertise ADN   avait échoué. Aujourd’hui, donc fles avocats se réjouissent aussi de l’engagement du président Michel Kafando il y a quelques jours à ouvrir la tombe présumée de Thomas Sankara au cimetière Dagnoên dans la capitale du Burkina.

Toutefois, il y a des appréhensions et réserves à formuler quant à la disponibilité du Maroc à exécuter la demande d’extradition de Blaise Compaoré que le gouvernement intérimaire burkinabè va lui adresser.

Le général Gilbert Diendéré démis de ses fonctions

Entre temps, le président intérimaire, Michel Kafando, a démis de ses fonctions, par décret, le chef d’état-major particulier à la présidence du Burkina Faso, le général Gilbert Diendéré, patron du régiment de sécurité présidentielle (RSP).

Miche Kafando n’ toutefois pas donné le nom de celui qui allait remplacer à la tête de ce régiment stratégique. Il a admis qu’il fallait entamer des réformes au niveau de l’armée afin de supprimer « les clans » au sein de celle-ci.

Le Premier ministre Isaac Zida, également issu du RSP, a  également indiqué le 24 novembre 2014 que l’une de ses tâches principales, en tant que ministre de la Défense nationale, serait de procéder à une réforme de l’armée.

Plusieurs autres militaires ont également été remerciés, dont le conseiller spécial de l’ancien président Blaise Compaoré, Justin Damo Barro et le secrétaire permanent du conseil présidentiel pour l’Investissement, Djibrina Barry.

Désormais, le gouvernement intérimaire ne veut pas attendre longtemps pour imprimer ses marques en balayant dans une cour qui porte encore de souillures de l’ancien régime. Question de faire la rupture avec ce régime qui a été chassé par la rue le 31 octobre dernier.

[Kléber Kungu]


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