Burkina Faso : Les Cumulards

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image Isaac ZIDA [avant-droite] et Michel KAFANDO [derriere-gauche]

Dans le nouveau gouvernement de transition formé au Burkina Faso, le Lieutenant-colonel Isaac Zida cumule le poste de Premier ministre avec celui de ministre de la Défense, et l’un de ses bras droits, le colonel Auguste Denise Barry, a été nommé au poste de ministre de l’Administration territoriale et de la sécurité, l’équivalent du ministère de l’intérieur. Au total, l’armée compte quatre membres (avec le ministère des Mines et celui des Sports) dans ce gouvernement qui comporte 26 portefeuilles et qui gérera le Burkina Faso jusqu’aux élections présidentielles et législatives prévues en novembre 2015. Le président de la transition, Michel Kafando, qui fut longtemps ambassadeur auprès de l’ONU, occupe également le poste de ministre des Affaires étrangères.

Après plusieurs jours d’intenses tractations, le gouvernement de transition du Burkina Faso a enfin été annoncé dimanche soir, avec des militaires aux commandes de l’armée et de la police. A la satisfaction générale est-on tenté de dire. Mais la façon dont s'est conclue l’impressionnante insurrection au « pays des hommes intègres » laisse circonspect une partie de l’opinion.

C’est donc fait. Le gouvernement de transition a été formé au Burkina Faso. Il ne reste plus que la formation du parlement pour parachever la mise en place des institutions de la transition. 

Ceux qui applaudissent ont évidemment leurs raisons. Il faut les accepter. Car, la répartition des rôles semble convenir aux principaux acteurs.

Malgré tout, le rôle prépondérant que s’attribuent les militaires dans cette transition plonge nombre d’africains dans une grande perplexité. 

LES CUMULARDS

Dans ce nouveau gouvernement, le Lieutenant-colonel Isaac Zida cumule le poste de Premier ministre avec celui de ministre de la Défense, et l’un de ses bras droits, le colonel Auguste Denise Barry, a été nommé au poste de ministre de l’Administration territoriale et de la sécurité, l’équivalent du ministère de l’intérieur.

Au total, l’armée compte quatre membres (avec le ministère des Mines et celui des Sports) dans ce gouvernement qui comporte 26 portefeuilles et qui gérera le Burkina Faso jusqu’aux élections présidentielles et législatives prévues en novembre 2015.

Le président de la transition, Michel Kafando, qui fut longtemps ambassadeur auprès de l’ONU, occupe également le poste de ministre des Affaires étrangères.

PERTURBANT

Ce qui apparaît sans doute le plus étonnant à un observateur, c’est le torrent d’éloges que déversent sur cette armée Michel Kafando et un certain nombre d’acteurs politiques et civils burkinabè.  

La situation à Ouagadougou est pour le moins perplexe. Des échanges des bons procédés entre acteurs politiques, civils et militaires vont bon train. Et les premiers embarrassés, ce sont les protagonistes de cette transaction qui n’osent pas dire clairement au peuple burkinabè la raison pour laquelle ils ont dû laisser le premier rôle à l’armée. 

Pourquoi au sein de cette grande armée, c’est précisément le régiment de la sécurité présidentielle qui se retrouve aux commandes ?  C'est la question que tout le monde se pose. Mais personne n’ose avouer que c’est tout simplement parce que ce corps est le plus équipé, le plus armé du pays. Bref, celui auquel il vaut mieux ne pas tenir tête. C’est ce qui fait dire à certains que le rapport de force est désormais en faveur des blindés et des automitrailleuses.

Ils sont maintenant partout, notamment sur les photos, en treillis. Ils donnent l'impression d'avoir été le fer de lance de cette révolution. Aberrant. 

S'ils sont les vrais patriotes que l’on nous décrit, ils devraient eux-mêmes se faire discrets ; comprendre qu’une armée est plus utile dans son rôle de protection de la nation ; d’arbitre d’ultime recours que dans les fonctions exécutives dans lesquelles elle se retrouverait vite juge et partie avec la tentation d’imposer son point de vue par une dissuasion fondée sur le revolver.

RESPECT ET RECONNAISSANCE

Nul n’ignore que la fonction de l’armée dans la société est tout de même essentielle. Mais le Burkina Faso n’est en guerre avec personne. Et cela ne risque pas d’arriver de sitôt si la répartition des rôles dans la transition se fondait réellement sur l’utilité des uns et des autres dans la société.

On devrait plutôt confier les choix de postes aux ingénieurs agronomes, aux médecins, aux professeurs, et à tant d’autres corps dont l’utilité est concrète quotidiennement. Mais les agronomes, médecins, professeurs... ne portent pas des armes.

S'il n'en tenait qu’à l’armée, Blaise Compaoré serait encore au pouvoir. Ce sont les Burkinabè qui sont allés au devant des forces de l’ordre pour empêcher l’adoption de la loi révisant la constitution. Et certains sont tombés abattus par les militaires. On leur doit donc respect et reconnaissance. Alors les tremolos à la gloire de cette armée mériteraient quelques bémols. C’est tout simplement une question de décence.

RESTER VIGILANTS

Certes, le lieutenant-colonel Isaac Zida a de l’autorité. Mais l’autorité non plus ne doit être militaire dans cette transition.

Lorsque l’on entend Isaac Zida dicter à la société civile la manière dont elle doit désigner ses représentants dans le parlement de transition, l’on ne peut pas ne pas s’interroger sur ce qui ressemble à une ingérence. 

Il est normal qu’il y ait des discussions au sein de la société civile dans la désignation de ses représentants.

Menacer d’invalider la liste de la société civile parce qu’il parviendrait aux oreilles du lieutenant-colonel des échos de ces âpres discussions qui sont le propre des assemblées d’une organisation composite, cela n’a pas de sens dans une société démocratique.

Le premier pas de ce gouvernement de transition doit être suivi, observé dans la loupe. La vigilance doit être de mise afin d’éviter que la révolution déjà écornée ne s’envole en éclat. 

C’est dans l’intérêt du président et du premier ministre d’être irréprochables, fidèles à l’esprit des aspirations qui ont poussé le peuple à chasser l’ancien président.  

[Robert Kongo/lePotentiel]


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