Burkina Faso : Qui succédera au lieutenant-colonel ZIDA

Font size: Decrease font Enlarge font
image John Dramani Mahama, Macky Sall et Goodluck Jonathan

Eclats de voix, crise de nerfs: l'avenir du "pays des hommes intègres" se discutait dans un climat tendu dans un hôtel de luxe de la capitale Ouagadougou, situé dans un quartier chic où se trouve aussi le palais présidentiel de Kosyam, symbole de l'ancien régime désormais déserté mais gardé par l'armée.

Une transition civile dans les 15 jours? Trois chefs d'Etat ouest-africains menaient mercredi au Burkina Faso une difficile médiation pour trouver qui succédera au lieutenant-colonel Isaac Zida, nouvel homme fort du pays après la chute du président Blaise Compaoré.

Eclats de voix, crise de nerfs: l'avenir du "pays des hommes intègres" se discutait dans un climat tendu dans un hôtel de luxe de la capitale Ouagadougou, situé dans un quartier chic où se trouve aussi le palais présidentiel de Kosyam, symbole de l'ancien régime désormais déserté mais gardé par l'armée.

Le président ghanéen John Dramani Mahama et ses homologues sénégalais, Macky Sall, et nigérian, Goodluck Jonathan, ont commencé vers 11H00 (heure locale et GMT) avec le lieutenant-colonel Zida un marathon de discussions à huis-clos.

Opposition, société civile, Conseil constitutionnel, chefs religieux, camp Compaoré, armée: la délégation conduite par le chef de l'Etat ghanéen, président en exercice de la Cédéao (l'organisation régionale ouest-africaine), a reçu successivement les principaux protagonistes.

Chaque délégation devait remettre une liste de trois noms de personnalités de la société civile. Objectif: arracher un "consensus" sur le nom du futur chef de la transition, a indiqué à l'AFP une source diplomatique.

Sous forte pression internationale, le nouvel homme fort du Burkina s'est en effet engagé à "remettre le pouvoir aux civils" dans les "15 jours". Ce délai correspond à l'ultimatum de l'Union africaine, qui a brandi la menace de sanctions.

Mais, durant les négociations, les esprits n'ont pas tardé à s'échauffer.

Alors que, dans la soirée, tous les acteurs devaient se réunir pour une séance plénière, des représentants de la société civile et de l'opposition ont quitté la salle, demandant l'exclusion des membres de l'ex-majorité.

"Nous n'avons pas encore enterré nos morts et voilà qu'on remet en selle des gens qui étaient arrogants et qui narguaient le peuple", a lancé Luc Marius Ibriga, porte-parole de la société civile.

Les contestataires ont finalement accepté de revenir à la table des discussions. Mais ce sont alors les membres de l'ex-majorité qui ont refusé de siéger.

Les opposants ont en outre refusé de présenter une liste de prétendants, en contestant la médiation ouest-africaine.

Zéphirin Diabré, le chef de file de l'opposition, a argué qu'il s'agissait d'une "question de souveraineté".

"Ils vont faire comment pour choisir? Ils ne connaissent pas les gens", a pointé Rock Marc Kaborec, un homme-clé du système Compaoré avant de passer à l'opposition en janvier dernier.

Il s'agit des derniers soubresauts d'une crise sans précédent au "pays des hommes intègres".

Arrestation d'un responsable pro-Compaoré

Le lieutenant-colonel Zida a été désigné comme chef du régime intérimaire par l'armée après la chute du président Compaoré, renversé par la rue le 31 octobre après 27 ans de règne alors qu'il souhaitait modifier la Constitution afin de se maintenir au pouvoir.

Les trois médiateurs ouest-africains devaient achever dans la soirée leur visite. Elle prélude à un sommet extraordinaire de la Cédéao, jeudi et vendredi à Accra, au Ghana, consacré notamment à la crise burkinabè.

Au Burkina, l'heure des premiers règlements de comptes semble en tout cas avoir sonné.

Assimi Kouanda, le chef de l'ancien parti présidentiel, a été arrêté mardi soir, de même qu'Adama Zongo, le président d'un mouvement pro-Compaoré, a-t-on appris mercredi de sources sécuritaires.

Le parti Front républicain, allié du CDP, s'est plaint que ses responsables soient menacés physiquement et que certains de leurs domiciles aient été attaqués.

Du côté de la population, la vigilance reste de mise.

"La population a peur que les militaires gardent le pouvoir", explique Mohamed Ouédraogo, un étudiant en physique de 33 ans.

Et l'influente Eglise catholique a fait savoir mercredi qu'elle souhaitait que les dirigeants de la transition ne puissent concourir à la prochaine présidentielle, histoire d'éviter les "calculs politiciens".

Le lieutenant-colonel Zida subit une forte pression de la part des deux principaux alliés du pays: les Etats-Unis - qui avaient demandé le transfert du pouvoir aux civils dès dimanche - et surtout la France, ancienne puissance coloniale et premier bailleur de fonds du Burkina, sortie tardivement de son silence pour délivrer le même message.

L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) va de son côté dépêcher sur place une mission d'information du 11 au 13 novembre.

Blaise Compaoré, lui, a trouvé refuge à Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d'Ivoire voisine. Après lui avoir rendu visite mardi soir, le chef de l'Etat ivoirien Alassane Ouattara, un vieil allié, a déclaré qu'il pourrait rester "aussi longtemps" qu'il le voudrait.

[Afp]


Cet article a été lu 2884 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0