Burkina Faso, un pays en crise

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image Blaise Compaoré, le 22 Octobre 2010 à Montreux.

La médiation internationale au Burkina Faso, un pays en crise après la chute du président Blaise Compaoré, a appelé dimanche à la mise en place d'un régime de transition conduit par un civil et conforme à l'ordre constitutionnel, évoquant sinon la menace de sanctions. Les États-Unis appellent l'armée à transférer le pouvoir aux autorités civiles.

"Nous espérons qu'il y aura une transition conduite par un civil, conforme à l'ordre constitutionnel. Sinon les conséquences sont assez claires. Nous voulons éviter pour le Burkina Faso la mise en place de sanctions", a déclaré l'émissaire de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas.

Il s'exprimait lors d'une conférence de presse au nom de la mission de concertation tripartite ONU-Union africaine - Cédéao, l'organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest. L'armée burkinabè a désigné samedi un militaire, le lieutenant-colonel Isaac Zida, pour conduire un régime de transition, alors que la Constitution burkinabè stipule que l'intérim du pouvoir doit être assuré par le président de l'Assemblée nationale.

Mohamed Ibn Chambas a exhorté les différentes parties au dialogue. "Il faut des consultations entre les uns et les autres. Il faut qu'on fasse tout pour un retour rapide à la vie constitutionnelle", a-t-il dit. La mission de concertation s'est entretenue avec la hiérarchie militaire et le lieutenant-colonel Zida, qui ont assuré avoir bien compris le message délivré, a indiqué l'émissaire de l'ONU.

Transférer le pouvoir aux autorités civiles

Dimanche, le secrétariat d'État américain a également exprimé son point de vue sur la question burkinabè. Les États-Unis appellent l'armée à "transférer le pouvoir aux autorités civiles" au Burkina Faso, a-t-il annoncé.

"Nous appelons l'armée à transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles", a déclaré dans un communiqué une porte-parole du département d'Etat, Jen Psaki, dans la nuit de samedi à dimanche, ajoutant que "les Etats-Unis condamnent la tentative de l'armée burkinabè à imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso".

Les Etats-Unis exhortent "les autorités civiles" à se "laisser guider par l'esprit de la constitution du Burkina Faso et de passer immédiatement à des élections présidentielles libres et justes".

La constitution prévoit que le président de l'Assemblée nationale assure l'interim du pouvoir en cas de vacance.

"Nous regrettons les pertes de vie humaine cette semaine au Burkina Faso et appelons toutes les parties à éviter de nouvelles violences", a conclu le communiqué.

Les partis de l'opposition et les organisations de la société refusent une trasition confisquée par l'armée

L'opposition et la société civile du Burkina Faso ont appelé la population à une démonstration de force dimanche. Objectif : contester le nouvel homme fort de la transition, le lieutenant-colonel Isaac Zida, adoubé par l'armée.

L'opposition et la société civile burkinabè tentent de reprendre la main, après la chute de Blaise Compaoré. Ils ont ainsi refusé catégoriquement une "confiscation" du pouvoir par l'armée et ont appelé à un nouveau rassemblement dimanche sur la place de la Nation dans la capitale Ouagadougou.

"La victoire issue de l'insurrection populaire appartient au peuple, et par conséquent la gestion de la transition lui appartient légitimement et ne saurait être en aucun cas confisquée par l'armée", ont écrit les partis de l'opposition et les associations de la société civile dans un communiqué commun. Elles ont souligné dans ce document "le caractère démocratique et civil que doit avoir cette transition".

Vingt-quatre heures après la chute et la fuite du président Blaise Compaoré, les hauts gradés de l'armée avaient mis fin à leurs dissensions en désignant samedi "à l'unanimité" le lieutenant-colonel Zida, 49 ans, numéro deux de la garde présidentielle, comme chef d'un régime de transition, aux dépens de son rival, le chef d'état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, qui briguait le poste. Ils avaient affirmé que cette transition se ferait de manière démocratique, en concertation avec l'opposition et avec la société civile, tout en restant flous sur les modalités pratiques.

L'Union africaine a exhorté dans la soirée "les acteurs politiques et la société civile du Burkina Faso à travailler ensemble (...) pour convenir d'une transition civile et inclusive devant déboucher sur la tenue, aussi rapidement que possible, d'élections libres". Outre ceux de l'UA, des représentants de l'ONU et de la Cédéao, l'organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest, continuaient de mener à Ouagadougou une mission de bons offices.

Quant à Blaise Compaoré, après deux jours d'un soulèvement populaire qui a fait une trentaine de morts et une centaine de blessés, selon l'opposition, il s'est réfugié avec sa famille et ses proches à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire.

En dépit du climat politique toujours tendu, le calme était revenu samedi dans les grandes villes du Burkina Faso, théâtres de débordements et pillages les jours précédents. À l'appel du Balai citoyen, une organisation de jeunesse en pointe dans la mobilisation, des groupes de jeunes ont nettoyé les rues de Ouagadougou, jonchées de débris, carcasses et pneus brûlés.

Le nouveau pouvoir militaire a décidé la réouverture des frontières aériennes - fermées depuis la veille - et un allègement du couvre-feu, qui reste en vigueur de 22h00 (contre 19h00 auparavant) à 06h00. Les frontières terrestres restaient officiellement fermées. Cependant à "Ouaga", le grand marché et les banques sont restés fermés.

Plusieurs habitantse sont dit déterminés à ne pas laisser le pouvoir aux militaires. "Nous sommes totalement contre la prise de pouvoir par les militaires", a déclaré Salif Ouedraogo, un agent d'assurances de 38 ans. "Nous réclamons un civil à la tête de l'Etat et nous allons nous regrouper place de la Révolution pour dire non au pouvoir militaire, même s'il faut que le peuple saigne davantage".

Gildas Zongo, un étudiant de 25 ans, s'interrogeait pourtant, soulignant l'absence d'alternative politique crédible, après le long règne de Blaise Compaoré qui a étouffé l'opposition: "Ceux qui ne veulent pas un militaire au pouvoir, ils veulent mettre qui ?"

(Avec AFP)


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