Burkina Faso : Un serpent à plusieurs têtes !

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image Général Traoré

Le « printemps burkinabè » a eu raison vendredi 31 octobre 2014 à Ouagadougou de l’entêtement du président de la République du Burkina Faso, Blaise Compaoré, qui « déclare la vacance du pouvoir » en annonçant sa démission. Confusion. Deux militaires se disputent la tête de la transition au Burkina Faso. Après la démission du président Blaise Compaoré, l’armée burkinabè en a « pris acte » et déclaré dans un communiqué que «le chef d’état-major Honoré Traoré prend la tête du pays». Le numéro 2 de la garde présidentielle burkinabè, le colonel Isaac Zida, a déclaré samedi "assumer" les responsabilités de "chef de l'Etat" de transition, ajoutant que l'ex-président Blaise Compaoré, démissionnaire vendredi, se trouve "dans un lieu sûr". Les déclarations du chef de l'état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, qui avait également annoncé vendredi qu'il assumerait les "responsabilités de chef de l'Etat", "conformément" à la Constitution, sont "caduques", a-t-il affirmé lors d'une interview réalisée après cette allocution. Le colonel Zida a les faveurs d'une partie de la société civile. Le général Traoré est critiqué par le peuple pour sa trop grande proximité avec M. Compaoré.

Dans un communiqué publié vers 14H00, il a justifié sa décision par « le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale » et de « permettre la mise en place d'une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours ». « Au regard de la situation socio-politique fortement dégradée et caractérisée par la persistance des troubles à l’ordre public, les pillages des biens publics et privés, les menaces de division de notre Armée nationale », explique-t-il.

Par conséquent, il « appelle l’ensemble des citoyens au calme, les acteurs politiques et la société civile à plus de responsabilité pour l’arrêt des troubles qui ne peuvent que retarder notre marche vers le développement. Pour ma part, je pense avoir accompli mon devoir, en ayant pour seul souci, l’intérêt supérieur de la nation ». En fait, le président Blaise Compaoré a cédé à la pression des centaines de milliers de manifestants qui, depuis les premières heures de jeudi, exigeaient son départ « immédiat » après avoir incendié le siège du parlement « pour empêcher les députés d’examiner le projet de loi de révision de la Constitution visant à lui permettre de prétendre à un troisième mandat présidentiel », après 27 ans d'exercice.

Après la démission du président Blaise Compaoré, l’armée burkinabè en a « pris acte » et déclaré dans un communiqué que «le chef d’état-major Honoré Traoré prend la tête du pays». Le général Traoré dirige les armées burkinabés depuis avril 2011.

Situation confuse

Qui dirige le Burkina Faso? Quelques heures après la chute du président Blaise Compaoré et la prise du pouvoir par le chef de l'armée, un groupe d'officiers a annoncé vendredi la mise en place d'un "nouvel organe de transition".

"Révolution" populaire ou "coup d'Etat" militaire? La démission de M. Compaoré plonge ce petit pays du Sahel dans une période d'incertitudes. Elle est aussi un coup de semonce pour les présidents africains qui seraient tentés, comme lui, de retoucher la Constitution pour rester indéfiniment dans leur palais.

Arrivé en 1987 au pouvoir par un putsch marqué par l'assassinat de Thomas Sankara, icône du panafricanisme, M. Compaoré, qui fut longtemps l'un des hommes forts d'Afrique de l'Ouest, a dû tirer piteusement sa révérence face à une mobilisation populaire sans précédent.

"Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (. . . ), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d'une transition", a déclaré M. Compaoré dans un communiqué lu à la mi-journée par une journaliste sur une télévision privée.

Cris, embrassades, éclats de rire: cette annonce a déclenché une explosion de joie à Ouagadougou.

"Le grand baobab est tombé, terrassé par la population", exultait Jacques Zongo, jeune fonctionnaire coiffé d'un chapeau aux couleurs du pays.

Rapidement, le quartier des ministères a été le théâtre d'importants pillages. Bobo Dioulasso (sud-ouest), la deuxième ville du pays, a été aussi la proie des pillards, avec plusieurs bâtiments publics saccagés et incendiés.

Place de la Révolution

Selon la diplomatie française, le président déchu du "pays des hommes intègres" est parti "vers le sud" du Burkina, en direction de Pô, une ville proche de la frontière avec le Ghana. Cette information n'a pas été confirmée et on restait sans nouvelles de lui vendredi soir.

Dans la foulée de la démission de M. Compaoré, le chef d'état-major de l'armée, le général Nabéré Honoré Traoré, a annoncé qu'il assumerait les "responsabilités de chef de l'Etat", tout en asssurant "agir conformément" à la Constitution.

Mais au fil de la journée les dissensions au sein de l'armée sont devenues de plus en plus palpables, jusqu'à ce qu'une partie de la haute hiérarchie se démarque clairement.

Un groupe de jeunes officiers, dirigé par le colonel Isaac Zida, porte-parole de l'armée et n°2 de la garde présidentielle, a annoncé ainsi la prochaine mise en place d'un nouvel "organe de transition", "en accord avec toutes les forces vives de la Nation". Objectif: organiser la transition pour un "retour rapide" à l'ordre constitutionnel.

Ces militaires ont réclamé pour cela "l'accompagnement de la communauté internationale".

Ils ont annoncé une suspension de la Constitution et une fermeture des frontières terrestres et aériennes, confirmée vendredi soir par une source française.

Selon un site d'information burkinabè, cette déclaration a été lue Place de la Nation, épicentre de la contestation et rebaptisée "Place de la Révolution" par les manifestants. Le texte a été lu conjointement par un militaire et un responsable de "Balai citoyen", organisation de la société civile en pointe dans la mobilisation anti-Compaoré.

La prise du pouvoir par le général Traoré allait à l'encontre de la volonté de nombreux manifestants, qui le jugent trop proche de l'ancien président.

Un peu plus tôt dans la journée, l'opposition avait fait savoir que, pour elle, "toute transition politique à venir doit être conçue, organisée (. . . ) autour des forces de la société civile, et intégrer toutes les composantes de la Nation (. . . ), y compris l'armée".

Quant aux partenaires du Burkina - France, Etats-Unis, Union européenne -, ils ont exprimé leur attachement à une transition conforme à la légalité constitutionnelle.

La France, ex-puissance coloniale, a salué la démission de M. Compaoré et réclamé "la tenue rapide d'élections démocratiques".

Cependant, selon une source diplomatique française, si l'annonce du général Traoré devait être entérinée, il s'agirait d'un "coup d'Etat" qui entraînerait une "mécanique de sanctions".

La médiation tripartite ONU-Union africaine-Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) est arrivée à Ouagadougou pour rencontrer les acteurs de la crise et confirmer une transition constitutionnelle et pacifique du pouvoir, c'est-à-dire via le président de l'Assemblée. Or, le Parlement a été dissous jeudi après avoir été incendié par les émeutiers.

Printemps burkinabè

C'est l'annonce d'un projet de révision constitutionnelle, qui aurait permis à M. Compaoré - élu pour deux septennats puis deux quinquennats - de se représenter à la présidentielle en 2015, qui a jeté jeudi dans les rues des centaines de milliers de personnes, refusant un "président à vie".

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province, appels à la démission du président: le Burkina s'est littéralement enflammé, forçant le président Compaoré à capituler vendredi.

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d'un renversement du régime, longtemps considéré comme l'un des plus stables dans la région sahélienne, secouée par les menées de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Un "printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe", promettait mercredi un opposant. 

Chronologie des évènements 

18h45 - L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend acte de la décision de Blaise Compaoré de démissionner. "Je salue la décision du Président Blaise Compaoré de démissionner de ses hautes fonctions et j’appelle à une transition rapide pour le retour à une vie constitutionnelle normale. J’exhorte les forces de défense et de sécurité à assurer, avec professionnalisme et rigueur, la sécurité des biens et des personnes", a déclaré Abdou Diouf, qui déplore les violences qui ont causé des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels.

Le Secrétaire général de la Francophonie"invite les acteurs burkinabè à engager dès maintenant des concertations en vue d’élaborer les modalités pratiques devant conduire à la tenue de l’élection présidentielle, dans les délais fixés par la Constitution."

Abdou Diouf "convoquera, dans les plus brefs délais, la réunion d’un Comité ad hoc consultatif restreint sur la situation au Burkina Faso, conformément au chapitre V de la Déclaration de Bamako", précise le communiqué.

17h33 - Dans une déclaration faite au nom des "forces vives de la Nation et des forces armées nationales", le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida annonce la suspension de la Constitution de 1991. Le colonel Zida, en compagnie du leader du collectif "Balai citoyen", annonce également la mise en place prochaine d'un organe de transition, "en accord avec toutes les forces vives de la Nation, en vue d’organiser une transition encadrée pour un retour à une vie constitutionnelle normale".

"La composition de cet organe consensuel de transition, ainsi que sa durée que nous souhaitons la plus brève possible, seront déterminées par l’organe de transition dans les plus bref délais", précise-t-il. Le lieutenant-colonel Zida est le commandant adjoint du Régiment de sécurité présidentielle.

16h25 - D'après un de ses proches, Gilbert Diendéré, le chef d'état major particulier de Blaise Compaoré, est toujours à Ouagadougou et a été en contact avec le général Honoré Traoré. 

15h50 - Joint par Jeune Afrique, Zéphirin Diabré, le leader de l'opposition, se dit "satisfait et attend désormais que la transition se mette en place". Interrogé sur la transition menée par le général Honoré Traoré, il affirme que "l'armée a pris ses responsabilités" et que les responsables de l'opposition et de la société civile "vont entamer des discussions avec les militaires". Il estime également que le délai de 90 jours est "probablement un peu court".

15h20 -  Communiqué de l'Élysée après la démission de Blaise Compaoré : "La France salue la démission du Président de la République du Burkina Faso qui permet de trouver une issue à la crise."

15h15 - Des pillages sont signalés dans plusieurs quartiers de Ouagadougou.

15h05 - La décision de Honoré Nabéré Traoré ne fait pas l'unanimité. Des manifestants présents devant l'état-major des armées expriment leur mécontentement et appelle à la nomination du général Kouamé Lougué.

15h00 - Le chef d'état-major des armées, le général Honoré Nabéré Traoré, annonce qu'il dirigera la transition. "J'assumerai les responsabilités de chef de l'État", déclare-t-il dans son allocution. Il ajoute que "des consultations" vont être organisées pour "permettre le retour à une vie constitutionnelle normale". Il invite la population au calme et à la retenue.

14h25 - Un collaborateur de Blaise Compaoré joint par J.A affirme être dans une voiture avec l'ex-président. Selon lui, le convoi est en route pour la ville de Pô dans le sud du pays, à la frontière avec le Ghana.

14h15 - Scènes de liesse place de la Nation, après l'annonce de la démission de Blaise Compaoré.

14h10 - Dans un communiqué signé par la présidence, Blaise Compaoré annonce sa démission, la vacance du pouvoir, et l'organisation d'élections anticipées sous 60 à 90 jours.

14h00 - Le chef d'état-major des armées, le général Honoré Nabéré Traoré, s'est exprimé place de la Nation en compagnie de plusieurs généraux et des principaux leaders de l'opposition (notamment Zéphirin Diabré et Roch Marc Christian Kaboré). Il a déclaré que Blaise Compaoré avait signé de lui-même sa démission. "Le pouvoir appartient au peuple", a-t-il déclaré.

13h51 - Selon l'AFP, un représentant de l'armée a annoncé aux manifestants que "Blaise Compaoré n'est plus au pouvoir".

13h42 - Selon le correspondant de radio Omega à Bobo-Dioulasso, le palais de Justice de la deuxième ville du pays est en flammes après l'assaut de manifestants.

13h20 - Une conférence de presse va avoir lieu à l'État-major général des armées. Le général Honoré Traoré, chef d'État major général des armées, et les principaux leaders de l'opposition doivent s'exprimer.

12h28 - Selon un proche de Blaise Compaoré contacté par Jeune Afrique, une réunion entre le président et ses collaborateurs a actuellement lieu au palais de Kosyam. D'après notre source, la présidence se prépare à délivrer "un communiqué important à propos de la transition".

12h08 - Une foule compacte est massée place de la Nation. Les principaux opposants - Zéphirin Diabré, Roch Marc Christian Kaboré... - et le général Kouamé Lougué sont présents.

12h00 - Les leaders de l'opposition arrivent place de la Nation. Des dizaines de milliers de manifestants y sont rassemblés.

11h50 - Plusieurs sources affirment que le général Kouamé Lougué doit prochainement s'exprimer place de la Nation.

11h30 - Des centaines de manifestants sont toujours massés devant le quartier général de l'État-major des armées.

10h50 - Dans un communiqué commun, l'opposition réclame le départ "sans conditions" de Blaise Compaoré et appelle à la mobilisation générale des Burkinabè. Elle demande notamment au peuple "d'occuper systématiquement toutes les places publiques".

10h30 - Selon plusieurs témoins, des manifestants se dirigent aussi vers le quartier général de l'État-major des armées.

10h15 - Les leaders de l'opposition doivent tenir une conférence de presse commune au siège du chef de file de l'opposition politique (CFOP).

10h00 - Des centaines de manifestants convergent vers la place de la Nation, dans le centre-ville de la capitale.

[avec Agence] 

(Mis à jour le 1er novembre 2014 à 10h52, heure de Dublin)


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